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SUR LES MUCÉDINÉES THERMOPHILES.
Enfin j’ai réussi à isoler d’un échantillon de terre un microbe qui, d’après son organisation, est placé au-dessus de tous les microbes thermophiles décrits jusqu ici. C’est une mucédinée supérieure, présentant un mycédium véritablement ramifié, et portant des conidies à l'extrémité des filaments *). Je ne suis pas parvenue . à lui découvrir d’organes spéciaux de fructification, malgré de nombreux essais de culture sur les milieux les plus variés, à l’état d’aérobie et à différents degrés d’anaérobiose.
En attendant que j'en aie étudié la morphologie, je propose de lui donner le nom de Thermomyces lannginosus, en raison de l’aspect duveteux qu'elle prend sur le pain blanc.
Ce champignon peut se cultiver entre 42° et 60° C., et n'est guère capable de se développer à 37°, et encore moins à la température ordinaire. Le fait de l’existence d'une mucédinée thermophile capable de végéter à une température si élevée est, je crois, nouveau; il est d’autant plus curieux que c’est à 20° que la plupart des mucédinées se cultivent le mieux, et que seules quelques formes pathogènes peu nombreuses ont l'optimum de leur croissance à 37°.
Le mycélium du champignon fut remarqué sur une pomme ensemencée avec des parcelles de terre du jardin. Pour le débarrasser des bactéries ther-mophiles qui l’accompagnaient, je le réensemençai d’abord sur une surface de pain blanc maintenue à 52 — 53°, où le champignon croit très abondamment, tandis que les bactéries se développent à peine. Après avoir fait ensuite des cultures en plaques de gélose de spores de ce champignon, j’ai obtenu ce dernier en culture pure. Ce champignon présente microscopiquement un mycélium duveteux de couleur blanche; sous le microscope on voit clairement de grosses spores, disposées au bout des filaments mycéliens ramifiés. Ces derniers se colorent facilement avec toutes les couleurs d’aniline ainsi que par la méthode de Gram. Quant à ses propriétés biologiques, je me bornerai, pour le moment, aux remarques suivantes; il croît très bien sur tous les milieux nutritifs ordinaires, solides et liquides; c'est sur du pain blanc qu’il croît le mieux. L’optimum de sa croissance est de 54—55° C. A 63°, et à 37° C. d’un autre côté, il ne se cultive pas; à 42° la croissance a lieu, mais elle est relativement très faible. Au bout de 2 ou 3 jours, les spores apparaissent sur les milieux solides, tandis que dans les milieux liquides les plus divers l'apparition de ces spores n’a jamais été observée. Au fur et à mesure que le champignon continue à croître, son mycélium perd graduellement son aspect primitif duveteux, devient plus compacte et prend une teinte foncée. Les spores supportent sans gêne un chauffage à sec à 80° C. pendant 3 heures; elles sont tuées au bout d’une minute à 100°. Le champignon liquéfie mais lentement la gélatine, et par conséquent possède le ferment protéolytique: il intervertit le sucre de canne, mais il ne manifeste pas d’amylase; il coagule et éclaircit ensuite le lait, qui montre une réaction acide.
Ainsi nous voyons que le phénomène de thermobiose est largement ré-
l) Je ne puis manquer d’exprimer à cette occasion ma profonde reconnaissance à M. le professeur Brefeld pour l’extrême obligeance qu’il a mise à examiner la culture et me donner son opinion à ce sujet.