﻿LES POISSONS DISTINGUENT-ILS LES COULEURS
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cette raison, savent que les objets colorés en rouge représentent une pâture à leur goût.
2° Que les poissons qui ont faim se rendent plus souvent auprès de ces morceaux de laine et de ces fils que ceux qui viennent de recevoir de la nourriture et qui, par conséquent, sont rassasiés.
Dans les expériences suivantes, je changeai la forme de vers que j’avais donnée à ces fils de laine et de coton et je la remplaçai par d’autres dispositions, si bien qu’à la fin, je collai simplement contre le verre des morceaux de papier de différentes couleurs, mais en donnant la préférence aux teintes bien tranchées, et le résultat demeura le même. Plus tard, me basant sur l'hypothèse admise, je commençai, dans l'intérêt de mes expériences, à nourrir mes poissons avec du pain blanc ou des pains à cacheter. Habitués aux larves de Chironomes, ils prirent au début cette nourriture avec répugnance, mais peu à peu ils se familiarisèrent avec elle et la mangèrent même avec autant d'appétit que les larves. Lorsqu’ils furent bien habitués à cette nourriture, je collai sur le verre de petits morceaux de papier ou des fils de laine de couleur blanchâtre, ressemblant au pain, et le résultat fut qu'ils s’approchèrent en nageant des petits morceaux de papier blanc, comme ils l'avaient fait pour le papier rouge, et ils s'efforcèrent de même de les avaler. 11 est vrai qu'ils n’y mettaient pas autant d’avidité que s'il se fût agi de fils rouges, mais je m'explique sans peine ce manque d’empressement; mes poissons sans doute se souvenaient encore de la nourriture rouge et peut-être la trouvaient-ils plus savoureuse. 11 me semble que ces expériences démontrent clairement que les poissons distinguent les couleurs. Je ne fis cependant pas l’expérience avec de la nourriture verte, ce m'eût été assez difficile, parce que les aquariums étant remplis de plantes vertes, les poissons savent très bien que les objets de cette couleur ne représentent pour eux aucun aliment. Mais je reste convaincu que si on laissait jeûner sérieusement les poissons voraces tels que les Carpes, les Carassins, les Tanches et même les poissons dorés, ils mangeraient les plantes avec avidité, et dans la suite se précipiteraient aussi sur les fils de laine verte. En tous cas, il serait à souhaiter qu'on fit cette expérience, et je suis convaincu qu’elle offrirait une confirmation nouvelle de la thèse que je soutiens. On pourrait renouveler cette expérience avec d’autres poissons, avec ceux, par exemple, comme la Brème, le Gardon, la Vandoise, que les pêcheurs amorcent avec des Sauterelles, de l’avoine verte et, mieux encore, avec de simples plantes aquatiques.
Des amateurs de pêche à la ligne m'ont affirmé qu'on prenait très facilement ces poissons au moyen de la conferve (.Spirogyra rüularis), qu’on appelle en Russie «chelkownik», ainsi qu’avec d’autres espèces de Cladophora. Dans ce cas, les poissons choisissent de préférence les exemplaires les plus jeunes et de couleur vert clair, qui sont les plus tendres et les plus succulents, et dédaignent ceux qui sont de couleur foncée, parce qu’étant plus vieux ils sont coriaces et offrent une nourriture plus grossière. Ceci est une preuve nouvelle que les poissons distinguent parfaitement les couleurs. Les mêmes amateurs de pêche m'ont également rapporté que certains pêcheurs, dans le bue de prendre plus facilement du poisson avec de la mie de pain,