﻿A N A L Y S E S.
347
L’année dernière (1901), un médecin anglais, le docteur Locke 10), publia un nouveau procédé pour produire une circulation artificielle. En s’appuyant en partie de ses propres observations, faites antérieurement “), en partie des analyses détaillées du sang faites par Abderhalden12), Locke prépara un mélange artificiel possédant la propriété de maintenir pendant un grand nombre d'heures les pulsations d’un coeur de lapin séparé du corps. Au congrès des physiologistes à Turin au mois de septembre 1901, où Locke faisait la démonstration de ces expériences, un coeur de lapin se contractait énergiquement et sans faiblir depuis 7 heures du matin jusqu’au soir— plus de 12 heures de suite. La liqueur de Locke, laquelle est une solution saline contenant les mêmes substances minérales et a peu près dans les mêmes proportions que le sérum sanguin et, en fait de corps organiques, seulement du sucre de raisin (l°/00), ne le cède en rien au sang dans sa faculté de maintenir l’action du coeur.
11 n’est pas a douter que la méthode de Locke ne soit d’une grande valeur pour la solution de diverses questions ayant rapport à la physiologie du coeur et à la nutrition du muscle cardiaque. En meme temps, elle est si simple et commode qu elle mérite d être rangée parmi les méthodes classiques en physiologie. L’emploi du mélange salin artificiel pour remplacer le sang présente non seulement de grandes facilités, en simplifiant beaucoup les manipulations, il offre encore l’avantage de permettre l'étude de l’influence immédiate des différents agents sur le coeur même, et non sur un milieu vivant aussi variable que le sang. A ce point de vue la méthode en question est surtout précieuse pour l'étude de l'influence sur le coeur de différents médicaments, des poisons et des sérums thérapeutiques ').
Les pulsations rythmiques d'un coeur dont on fait traverser les vaisseaux par un courant de la liqueur de Locke saturée d'oxygène pur et réchauffée jusqu'à la température du corps de l’animal ne sont pas moins régulières et isochrones que lorsqu il y circule du sang Sur un coeur suspendu et nourri de cette façon on réussit à reproduire toutes les expériences fondamentales sur l'influence de la température, de l'irritation électrique et mécanique etc, Je me suis servi, avec succès, de cette méthode entre autres dans mes expériences sur un coeur d’oiseau pour y maintenir le fonctionnement, en dehors de l’organisme,dans des conditions de température appropriées, pendant un temps assez long; j ai déjà eu occasion d'en parler dans les Bulletins de 1 Académie des Sciences ' !3). Mais ce sont surtout les phénomènes qu’on observe dans les coeurs de mammifères après l’arrêt de la cir-culaiion artificielle, et la reprise de celle-ci après que le coeur a été complètement arrêté pendant un temps plus ou moins long, qui présentent un intérêt particulier.
Si, après que l'action rythmique régulière d’un cœur séparé du corps s’est rétablie et que le levier du kymographe mis en communication avec l'une des oreillettes trace sur le cylindre noirci une série de myogrammes tout à
) Je viens d’entreprendre une série de recherches dans cette direction.
2a